Author: marc
-
Note sur l’écriture
Écrire transforme le moment d’élaboration en espace-temps habitable. -
Dial fictif <->S.P.
Lieu : Le jardin de l’Académie. Un banc de pierre à l’ombre d’un figuier. Socrate, âgé, s’adresse à Platon, son élève.
Socrate — Dis-moi, Platon : à ton avis, que devient l’âme de celui qui détient tant d’or que les cités elles-mêmes lui font révérence ?
Platon — Je pense, maître, qu’il risque d’être captif de ses possessions. Le luxe constant voile l’âme, l’éloigne de ce qui est bon en soi, et la détourne de la contemplation du vrai.
Socrate — Serait-ce donc, selon toi, une malédiction de posséder trop ?
Platon — Non, si la fortune est mise au service de la justice. Mais bien souvent, elle enchaîne l’homme à l’illusion. Il croit pouvoir tout acheter, même l’amour, même la vérité, et ne se rend pas compte qu’il est devenu l’esclave de son apparence.
Socrate — Ah ! Tu dis là quelque chose de profond. Car s’il n’a plus besoin de personne, pourquoi chercherait-il encore la vertu ?
Platon — Justement. Il peut confondre l’autosuffisance avec l’arrogance. Et lorsqu’on ne reçoit plus de contre-pouvoir du réel, l’âme se gonfle comme une outre vide, persuadée d’être pleine.
Socrate — Tu veux dire que la richesse déforme la perception ?
Platon — Oui. Elle détourne l’œil de l’âme du monde des Idées. Le riche ne voit plus la Justice en soi, il voit ce qui lui est utile. Il ne cherche plus la vérité, mais ce qui flatte sa position.
Socrate — Et que reste-t-il alors en lui, quand le faste s’éteint ?
Platon — Une âme endormie. Privée de dialectique, privée d’effort, privée d’amour du bien. Elle devient lourde, opaque, incapable de s’élever. Comme dans le mythe de l’attelage ailé : son cheval noir prend le dessus.
Socrate — Triste sort. Serait-ce là l’âme tyrannique dont tu parles dans ta République ?
Platon — Précisément. Une âme dominée par le désir insatiable, sans ordre intérieur. Le tyran intérieur est plus redoutable que celui qui gouverne la cité.
Socrate — Alors dis-moi, Platon : un tel homme peut-il encore être sauvé ?
Platon — Il faudrait d’abord qu’il souffre. Que son illusion se brise. Qu’il rencontre une limite, une injustice qu’il ne peut acheter. C’est seulement là, peut-être, qu’il cherchera à se connaître.
Socrate — C’est donc la crise qui pourrait le réveiller. Non l’abondance.
Platon — Oui. L’épreuve est parfois la seule porte vers la vérité. Le confort perpétuel rend l’âme paresseuse. Seul le manque, parfois, permet la conversion intérieure.
Socrate — Voilà pourquoi nous devons questionner, sans relâche. Car seul le dialogue perce les armures dorées.
-
Pixel
Pixel dans la tasse
le café me parle en code
rêves en 1 octet